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Discours d’entrée de Florence Ferrari à l’Académie Via Domitia - Pierre-Paul Riquet

2 juin 2026 par
Florence FERRARI

Je suis heureuse de partager ici le discours que j’ai eu l’honneur de prononcer lors de mon admission à l’Académie Via Domitia - Pierre-Paul Riquet, au théâtre de Béziers, le 30 mai 2026.

Monsieur le Secrétaire Perpétuel, Mesdames et Messieurs les Académiciens, mes

chers confrères, Chers amis,


C’est avec émotion et humilité que je prends aujourd’hui la parole devant vous. Je

mesure pleinement le privilège d’intégrer l’Académie Via Domitia - Pierre-Paul

Riquet, et d’être accueillie sous un nom qui évoque si bien le lien entre les hommes,

la persévérance et l’attachement à notre terre Occitane.


Mes premiers mots seront pour Alain Aussenac. Ses propos me touchent

sincèrement et je l’en remercie du fond du cœur. Être reçue par une plume et une

personnalité comme la sienne est un immense honneur. Il est des êtres dont la

bonté éclaire le chemin des autres ; Alain Aussenac est de ceux-là. Qu’il trouve ici

l’expression de ma vive et éternelle reconnaissance.


Si je me tiens devant vous aujourd’hui, c’est aussi grâce à ceux qui, avant moi, ont

cru au pouvoir des mots. Je pense avec tendresse à mes parents, qui, en m’ouvrant

à la lecture, m’ont ouvert le monde. Je pense également à mon époux ainsi qu’à mes

trois filles, qui sont mon plus précieux soutien. Ce fauteuil que je reçois aujourd’hui

est aussi un peu le leur.


Mais au-delà de cet hommage, permettez-moi d’esquisser ce qui guidera mon

engagement parmi vous : transmettre, défendre l’humanisme, et garder vivante

l’espérance. Que sommes nous en effet, sinon les gardiens d’un flambeau dont les

turbulences de notre époque menacent la clarté ?


Transmettre est le premier devoir de l’esprit. Regardez cet Orb qui baigne nos murs.

Il n’est pas seulement une eau qui s’écoule… il est une mémoire vivante.  Charriant

les siècles, il murmure « aux arches du Pont Vieux, aux pierres enluminées de feu ,

les noms de ceux qui furent, comme les « promesses » de ceux qui viendront.


À cette jeunesse qui cherche son chemin, donnons le goût de l’exigence et des

horizons clairs ! Soyons comme l’Orb : une force qui irrigue, une clarté qui féconde,

une voix qui, par-delà les tumultes du monde, continue de chanter Se canto, ce

chant de la terre et de la liberté, mais aussi de l'honneur et de la loyauté.


Transmettre pour rendre possible demain. Mais force est de constater que l’avenir

est incertain… Nous traversons une période de doute, de pessimisme, sinon de

nihilisme quant à la nature humaine. Cette crise s’accompagne d’une perte de sens

et de valeurs. Le radicalisme, la violence et l’indifférence, en un mot,

« l’ensauvagement » semblent parfois l’emporter sur l’humanisme. Or, toute crise de

civilisation est, dans son essence, une crise de confiance en l’homme. Notre société,

trop matérialiste, nous enferme dans l’immédiateté, la logique de l’avoir et dans la

compétition permanente ! Elle exerce sur nous une forme de pesanteur morale  qui

nous aliène et nous tire vers le bas. Et pourtant… et pourtant, l’être humain est

capable d’élévation !


Aussi me semble-t-il essentiel de réapprendre à aimer l’homme, de magnifier tout ce

qui fait sa grandeur : la solidarité, l’altérité, la beauté du cœur, en un mot, la

bienveillance  ! Il est nécessaire de garder « en soi », le sens de la beauté et de

l’amour, indépendamment du cours de l’histoire. La condition humaine ne se résume

pas au chagrin et à la souffrance ; elle se définit également par la compassion, le

partage et le vivre-ensemble. Ne l’oublions pas.


Il est grand temps de nous « réapproprier » notre héritage culturel, notamment les

valeurs humanistes et l’éthique sociale  héritées des Lumières. Rappelons-nous que

pour les philosophes du XVIIIe siècle, une société ne peut se dire « civilisée » que si

elle est subordonnée à des principes moraux et au « respect des droits humains. Ces

droits engagent non seulement ce que nous sommes, mais aussi ce que nous

voulons que le monde soit ! L’esprit des Lumières fut un mouvement fondé sur le

débat, l’échange d’idées et le respect de la pluralité des points de vue, tout ce que

les dérives identitaires semblent aujourd’hui fragiliser… Aussi, la recherche de

l'universel est-elle ce qui nous préservera de toutes les formes de replis. Ne

sommes-nous pas infiniment responsables devant autrui (Lévinas) ?


La transmission de ces valeurs aux plus jeunes me paraît fondamentale. C’est grâce

à la culture que nous nous élevons. Nous sommes le résultat de nos choix, de notre

éducation mais aussi… de notre instruction. L'humanité est une valeur, une conquête

de chaque instant : un devoir-être qui s'appuie sur l'acquis plutôt que sur l'inné.

Comme le résumait Érasme : On ne naît pas homme, on le devient ! C'est par cette

remise en cause permanente, par cet affranchissement de l'instinct, que l'individu

s'humanise. Tel est l’équilibre fragile qui demande à être entretenu par la curiosité

intellectuelle et l'exigence morale. Sans ce lien vital à la transmission, et à la

réflexion, l’être humain risquerait de devenir étranger à lui-même et de sombrer à

nouveau dans la barbarie. Au fond, nous sommes les artisans de notre

propre dignité !


Notre héritage culturel se transmet notamment par la lecture, qui ouvre l’esprit,

éclaire la conscience et rend possible le libre arbitre, cette capacité à briser les

déterminismes. C’est en lisant que nous défendrons notre liberté de penser ! Tout

livre est une philosophie, « une pensée écrite » dans l’histoire. La lecture nous donne

des outils pour argumenter plutôt que pour invectiver, pour comprendre avant de

juger. Elle est l’école du doute méthodique  et de la nuance. Elle empêche

l’intelligence de devenir arrogance et la conviction de devenir fanatisme. Dans un

monde accéléré, elle réintroduit la lenteur. Dans un monde saturé d’informations, elle

réapprend la profondeur…


Mais la culture ne se divise pas entre les sciences et les humanités ; elle est leur

dialogue permanent. La rigueur scientifique et la conscience morale ne s’opposent

pas : elles se complètent. L’une explore le monde, l’autre en interroge le sens. Les

arts nous enseignent la sensibilité, les lettres nous donnent la profondeur, les

sciences nous apprennent la rigueur. Ensemble, elles forment l’esprit humain. Face à

l’uniformisation des réseaux sociaux et aux mutations technologiques, la culture

demeure cette « infrastructure invisible » qui empêche l’humanité de s’effondrer ; elle

est la condition même de la civilisation !


Au cœur de mon parcours, il y a l’écriture. Cette exigence ne m’a jamais quittée ; elle

m’habite comme un souffle nécessaire, un supplément d’âme. Pour moi, la poésie

relève de la même démarche que la foi : elle est une manière d’habiter la vie dans sa

profondeur. Écrire, c’est se tenir de l’infini jusque dans la limite, chercher à loger

l'immensité du ressenti dans l'étroitesse du mot. J’ai toujours cru au pouvoir

incantatoire du verbe : les mots ne servent pas seulement à décrire le monde, ils

servent à l’appeler, à le consoler, à le recréer… Habiter les mots, c’est refuser la

surface des choses pour explorer le sacré, les racines du ciel, afin de faire de chaque

phrase un pont  jeté vers l’invisible.


En effet, si l’élévation de l’homme repose sur l’instruction, elle ne saurait se passer

de son accomplissement spirituel. C’est en ce sens que je défends une laïcité

ouverte garante de la liberté de conscience et de la coexistence pacifique des

peuples » sans renier pour autant, l’héritage spirituel judéo-chrétien qui a irrigué

notre histoire.


Notre société, trop matérialiste, déracine notre âme et nous ôte ce vêtement de

lumière qui nous rend pourtant à l’espérance et nous ouvre au-delà de nous-mêmes.

Je demeure persuadée que l’être n’est pas une finitude, puisqu’il porte en lui l’Infini.


La spiritualité est, en son essence, une quête intérieure qui nous aide à devenir

l’alchimiste de notre propre cœur. Mais cette ascension suppose un travail

permanent sur soi : une introspection pour réduire l’ego, une profonde humilité, la

discipline nécessaire pour acquérir un esprit de mesure et surtout… une éthique

sociale. Ne dit-on pas que L’attention aux autres, à son plus haut degré, est une

prière ? (Simone Weil) Il nous faut préférer une « civilisation » de l’être à une société

de l’avoir.


Nous avons un devoir d’utopie  : celui de croire en la perfectibilité de l’homme…

Certes, si l’instant présent incline au doute, un regard sur le long cours montre au

contraire un progrès de la civilisation et une élévation de la conscience morale. Les

droits fondamentaux s’étendent : droits de l’enfant, droits de la femme, recul du

racisme et de l’homophobie. Tout cela témoigne d’un monde qui, malgré son

imperfection, tend vers plus de justice et d’inclusion.


Cet Infini que nous portons en nous, trouve son miroir dans le grand livre de la

Nature… L’urgence écologique est le nouveau seuil de notre conscience. L’ère de

l’Anthropocène nous oblige à repenser, en profondeur, notre rapport au vivant : nous

ne sommes qu’un maillon de la chaîne des espèces… Il nous appartient de

reconnaître que la Terre est une entité à part entière, dont nous sommes comptables

devant les générations futures. L’harmonie avec la nature, et le respect de la vie

sous toutes ses formes, constituent désormais un devoir sacré. Notre humanitude

ne peut être complète sans la compréhension de cette interdépendance.


Demain, je l’espère, une philosophie spiritualiste et écologique fédérera les peuples

autour de l’égalité, de la fraternité et du vivre-ensemble. Nous deviendrons, alors et

avant tout, des citoyens du monde, au service du bien commun. Comme le disait

Gandhi : « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde ».


J’en ai la conviction profonde : l’avenir n’est jamais écrit d’avance ; il dépend de la

hauteur à laquelle nous choisissons de placer notre conscience.


Merci pour votre attention


Florence Ferrari




Florence FERRARI 2 juin 2026



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