La 4e édition du salon Auteurs Pluriels s’est tenue le 14 juin dernier à Saint-Clément-de-Rivière. À cette occasion, Florence Ferrari a été mise à l’honneur à deux titres : lauréate du prix « Paroles d’Auteurs » pour l’ensemble de son œuvre, et intervenante lors de la table ronde intitulée « La puissance de l’envie… d’écrire ».
Le texte ci-dessous reprend l’intégralité de son intervention.
« Écrire est une manière d’habiter la vie dans sa profondeur. »
L’écriture
Cette exigence, cette nécessité intérieure ne m’a jamais quittée ; elle m’habite comme un
souffle nécessaire, un véritable supplément d’âme. Pour moi, l’écriture est indissociable de la poésie, et relève un peu de la même démarche que la foi : elle est une manière d’habiter la vie dans sa profondeur. Écrire, c’est se tenir de l’infini jusque dans la limite, chercher à loger
l'immensité du ressenti dans l'étroitesse du mot. J’ai toujours cru au pouvoir incantatoire du
verbe : les mots ne servent pas seulement à décrire le monde, ils servent à l’appeler, à le
consoler, à le recréer…
Habiter les mots, c’est refuser la surface des choses pour explorer le sacré, les racines du ciel, afin de faire de chaque phrase un pont jeté vers l’invisible.
Écrire est également une attention profonde au monde. Une attention qui consiste à explorer la condition humaine dans tout ce qui la traverse : ses limites, sa finitude, mais aussi ses élans de grâce. Il me semble effectivement que l’écriture n’est authentique que lorsqu’elle entre en résonance avec l’humanité toute entière. Écrire pour soi rejoint alors l’Universel.
Mais au-delà du regard du poète, pour la romancière que je suis également, l’écriture est un
devoir de transmission. Je transmets les valeurs qui me sont chères telles que l’humanisme (la compassion, la bienveillance, le respect de la dignité humaine), la quête de liberté (la liberté n’est jamais acquise, elle est toujours à construire), la résistance à toute forme d’oppression, d’effacement, et le devoir de vigilance face à tout ce qui fragilise l’être. Ce sont des valeurs miroirs qui traversent les siècles, relient les consciences dans un dialogue universel et intemporel. Et c’est sans doute là que la littérature trouve sa dimension la plus humaine. Le geste d’écrire peut alors accomplir pleinement son dessein.
Les philosophes du XVIIIe siècle pensaient déjà que la transmission des valeurs est
indispensable ; pour eux, une société n’est « civilisée » que si elle est subordonnée à ses
principes moraux, aux droits humains. Les droits humains engagent ce que nous sommes mais aussi ce que nous voulons que le monde soit. L’ordre social se construit par l’exemple.
En ce sens, écrire est également une forme d’engagement, de responsabilité, une exigence
d’éthique. En tant qu’écrivain, le choix des thèmes que j’aborde, le choix des messages que je délivre ne sont jamais innocents. Liés à l’éthique, ils sont alors un peu comme des veilleurs au cœur de la nuit de la destinée humaine, afin que l’étincelle de l’âme ne s’éteigne jamais ! La littérature est pourvoyeuse de sens et doit amener le débat, la réflexion. Le bien et le mal ne sont pas des principes abstraits ; ils s’incarnent dans nos décisions. Mes personnages, au gré de leurs rencontres ou de leurs expériences, approfondissent l’humain qui est en eux. Ma responsabilité en tant qu’écrivaine est de démontrer que l’être n’est pas forcément réductible à la force, au dogme ou à l’intérêt personnel tant qu’il demeure libre de ses choix et de l’éthique qu’il s’impose. La liberté intérieure n’est jamais aliénable. Mes personnages luttent souvent contre un destin contraire, pour défendre des valeurs qu’ils incarnent, et cela parfois même au péril ou au prix de leur vie. À travers les épreuves, les difficultés, ils perdent souvent leurs illusions mais ils forgent également leur âme, apprennent à devenir acteurs de leur propre destin. Pour le lecteur, ce sont précisément leurs défauts qui les humanisent et les rendent universels. C’est souvent dans le malheur que la vérité de la condition humaine se révèle.
Et si je sonde l’âme humaine, si je dépeins ses faiblesses, ses failles, c’est aussi parce que tout ce qui fragilise l’être l’aide également à grandir en conscience. Si l’homme n’est pas parfait, il est perfectible.
En fait, il me semble que l'on n'écrit jamais seul. Derrière nous, il y a la présence des êtres que l'on a croisés, que l’on a aimés et qui continuent de nous habiter ; il y a également les
héritages (politiques, sociaux, culturels, spirituels), les mémoires de l’histoire, qui nous
traversent et qui nous accompagnent.
En définitive, l'écriture cherche moins à dire qu'à faire ressentir. Elle tente de rendre vivant un
certain regard sur l'humain. C'est peut-être là sa forme de vérité.
Florence Ferrari

