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Le franc-maçon est un plâtrier

20 octobre 2026 par
Jean-François GUERRY

De nos jours, il n’y a plus de plâtrier, ils ont été remplacés par des plaquistes. J’ai, je l’avoue, la nostalgie du plâtrier siffleur. De ce plâtrier qui, à partir d’un sac de poussière blanche et un peu d’eau, donnait naissance à la matière onctueuse, à l’adoucissement ;la truelle à la main, il passait et repassait sur les trous et les aspérités du monde, comblant, enrichissant les différences, créant l’harmonie.

Comme un rite ancestral, qui ordonne, agence, rénove le monde.

 « Les rites sont comme des guides qui nous conduisent par la main dans des routes qu’ils ont souvent parcourues ; les lois, comme des plans de géographie où l’on a tracé les chemins par un simple trait, et sans égard à leurs sinuosités »[1]

Le plâtrier, avec sa truelle, est un prince, le Zorobabel de notre demeure intérieure. Il connaît la fragilité de l’âme et de la matière, qui ne se solidifient qu’avec le temps long. La rénovation, renaissance (renovatio) du plâtrier s’exerce à l’intérieur de nous-mêmes, de manière magique. Nous sommes toujours les mêmes et pourtant différents, par un processus de guérison, d’amélioration, de changement, de métamorphose, de l’être corporel en être spirituel. C’est le chant du plâtrier siffleur qui nous transforme ; par touches successives, il reconstruit et nous reconstruit. Son chant et sa truelle nous donne la certitude d’être immortel. Sa truelle de la fraternité, qui construit les ponts entre les hommes, nous fait prendre conscience de la solidarité humaine qui fait tenir debout les murs de l’humanité. Le plâtrier rénove cet autre être qui est en nous, lui permet de se mettre en action. « Il nous fait voir l’homme, ce couple de Dioscures dont l’un est mortel et l’autre immortel, qui sont toujours ensemble et ne peuvent pourtant jamais se constituer entièrement en unité. »[2] L’important, c’est la tension vers l’unité, et la conscience de son improbable réalisation, qui n’empêche pas de manier sans cesse la truelle de la rénovation. À la recherche de l’autre soi et de son âme, de cet autre qui est l’ami des hommes. Gloire au plâtrier siffleur !

                                                        ​ ​ ​ ​ ​Jean-François Guerry.


[1]Barthelémy (L’ABBÉ) – Anacharsis, 3ème édition Paris.

[2] C G. Jung. L’âme et le soi. Page 38. Éditions Albin Michel.


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Jean-François GUERRY 20 octobre 2026



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