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Propos sur la vie : vivre à propos

28 juillet 2026 par
Jean-François GUERRY

« Non pas vivre dans l’instant, donc, mais vivre dans un présent qui dure et change, qui est le présent même. »

André Comte-Sponville, L’Opportunité de vivre – Ultimes études

Écrire, toujours, pour le plaisir d’abord, pour remplir les moments, la vacuité de la vie, inconsciemment sans doute pour retenir le temps qui court, nos mouvements perpétuels, nos insuffisances mal exprimées. Avec aussi une dose de vanité pour faire trace, laisser aux miens, aux autres, tout ce que j’aurais voulu leur dire de vive voix, d’une voix vive. Leur dire surtout mon amour pour eux, cet amour toujours si grand que le temps manque pour l’expirer à tous ceux que l’on aime pourtant si fort.

Écrire pour cette vanité de l’amour, contre cette pudeur à prononcer le mot sans trembler. J’aurai bientôt 80 ans et, comme le disait Goethe, en regardant sans doute, de son Divan occidental-oriental, les Collines éternelles, je crois que je ne sais pas encore lire et écrire ; j’ai du mal à épeler même les mots, ceux-là mêmes qui donnent un peu de force à la vie et qui ne seront jamais des idées.

Écrire, c’est un peu fuir le présent qui s’impose toujours ; c’est écouter son imagination qui outrepasse sans cesse le présent. C’est vivre dans l’espérance d’une meilleure vie, pour nous et nos enfants.

Il y a presque une tyrannie de l’imagination et de l’espérance. Montaigne recommandait de ménager son temps plutôt que de le passer à espérer. Sénèque l’avait aussi compris quand il dit, dans La Tranquillité de l’âme, que certains sont toujours occupés, affairés, à propos de l’avenir : « Ils ne vivent pas, ils se préparent à vivre. » Ce sont ceux qui construisent leur vie aux dépens de la vie même.

Sur les traces de Montaigne, l’idéal (donc jamais réalisable, mais l’on peut essayer : c’est essentiel), c’est de ménager son temps, de prendre son temps, d’utiliser les moments favorables à la méditation pour se construire, soigner sa vie, sans mépriser son être. Être dans la pensée et l’action, unir son corps et son esprit, refuser le dualisme, constater la dualité et travailler à notre unité. La vraie vie, c’est sans doute vivre en sagesse et en action.

​Jean-François Guerry


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Jean-François GUERRY 28 juillet 2026



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