Depuis l’origine, la Franc-maçonnerie s’inspire de récits et légendes issus des textes
bibliques. Dans Mathieu, 7, il est dit « Frappez, et l’on vous ouvrira » La formule complète
« Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira » offre une belle métaphore pour illustrer la démarche maçonnique.
Citons aussi les verset 13 et 14 « Entrez par la porte étroite, parce que large et spacieux et le chemin qui mène à la perdition, ils sont nombreux ceux qui s’y engagent ; parce qu’étroite est la porte et resserré le chemin qui mène la vie, et ils sont peu nombreux ceux qui le trouvent ! »
Accompagner ces paraboles nous invite à développer deux questions essentielles : quel
est celui qui frappe à la porte ? Que trouve-ton derrière la porte ?
Quel est celui qui frappe à la porte ?
La typologie des futurs initiés représente un large éventail. Les universités, les
associations, les club-services, les entreprises, sont des viviers où la proximité crée du lien
social et où l’on découvre l’autre. Parfois, l’on se dit qu’il ferait une bonne pierre. Observons
que la cooptation donne au parrain une responsabilité dont on ne peut s’exonérer.
Longtemps, la Maçonnerie est restée dans un entre-soi douillet et confortable. Les temps
changent. Les obédiences s’engagent depuis quelques années dans des actions de
communication pour séduire les jeunes générations. Une prise conscience salutaire pour
renouveler les effectifs, apporter de la fraicheur dans les usages et assurer la transmission
pour perpétuer une Tradition qui doit demeurer vivante.
Aujourd’hui, la société adore le paraître. Elle confond vitrine et vérité. Exhibition et
sincérité. On ne doit pas s’étonner de la perte de sacré quand tout est faux. L’accélération
numérique qui trouve toute sa pertinence dans certains espaces, notamment la santé, crée de la fragilité, au risque de perdre le sens, voire son identité. Dans ce contexte, beaucoup de
jeunes aspirent à une soif de cohérence et à une exigence d’authenticité. Une parole juste, un silence fécond. Ce qui élève n’est pas ce qui s’affiche.
Rejoindre la Franc-maçonnerie répond à ces attentes.
Que trouve-t-on derrière la porte ?
On ne frappe pas à la porte par hasard. Frapper doit être un acte sincère, volontaire.
Enfermé dans ses illusions, égo, orgueil, ignorance, l’homme ne comprend pas toujours
l’utilité de la porte. Pire encore, il ne la voit pas. La porte ne s’ouvre que parce qu’on le désire.
Elle se dérobe à ceux qui ne manifestent pas l’intention de s’élever.
Elle marque l’entrée dans un monde plus spirituel. Passer de l’autre côté, c’est renoncer à
son ancien moi pour devenir un homme nouveau, un être éveillé. Une façon de mourir pour
mieux renaître. Un autre niveau de conscience.
En franchissant la porte, l’initié va découvrir le visage de l’autre, par nature différent dans
son vécu et sa culture. Passant de l’individualisme à l’amour de l’autre. Comme le dit Emmanuel Lévinas, l’essentiel de l’homme réside dans sa responsabilité infinie face à l’Autre là où l’éthique prend racine, avant toute autre forme de relation.
Le regard des autres devient le miroir où l’on se retrouve, un miroir composé de tous nos
Frères, sans en exclure aucun. Les Frères que nous fréquentons, les personnes que nous
croisons, renvoient notre reflet. Nous sommes reconnus par l’autre. Et nous le reconnaissons comme tel. Dans le respect et la dignité.
Une transformation intérieure
Ainsi, la progression initiatique résulte d’une démarche interactive. Nous apprenons de
l’Autre celui que nous sommes vraiment. Le fameux Connais-toi toi-même qui figurait sur
le fronton du Temple de Delphes et repris par Socrate.
La connaissance de soi est essentielle sur le chemin que nous avons choisi. Être plutôt que paraître, éclairer plutôt que briller, rencontrer plutôt que conquérir. Ce sont là des valeurs qui exigent une conversion du regard.
Aimer son prochain comme soi-même passe par le détachement et l’humilité. Mais, chez
l’homme, rien n’est simple ! Aller au-devant de nos semblables peut s’avérer vain quand on
voit chez l’autre, ou quand on refuse de voir, ce qui existe et ce qui nous exaspère. Le
psychanalyste Carl Gustav Jung y voit un avantage « Tout ce qui nous irrite chez les autres nous conduit à une meilleure connaissance de nous-mêmes. » C’est l’effet miroir. Le phénomène de la projection, qui passionne les psychologues depuis la nuit des temps. Sans en être conscient, nous renvoyons à l'extérieur de nous-mêmes ce qui s'y trouve caché, enfoui, le positif comme le négatif.
Le chemin maçonnique, les enseignements qu’il apporte sans en faire un dogme,
permettent au Franc-maçon de vaincre ses passions, de dominer ses peurs, de maîtriser ses humeurs. Il devient progressivement un homme accompli. Quel que soit l’environnement social, ou les circonstances, il est exemplaire. Respect, écoute, éthique. C’est aussi cela qu’il transmet en portant haut les valeurs les plus nobles de nos traditions maçonniques.
Mon Frère, qu’est-tu venu chercher ici, si ce n’est te rencontrer toi-même ?
Alain APPERCEL
