Se rendre au contenu

AHIMAN REZON de Laurence Dermott

20 avril 2026 par
-, Nathan Eric BESSIS

Le livre, Ahiman Rezon, écrit et publié par Laurence Dermott en 1756, est rapidement devenu la pierre angulaire des principes pour la franc-maçonnerie des Antients (opposés aux Modernes anglais de 1717, les plus anciens paradoxalement).

D'ailleurs, ce même ouvrage allait servir de modèle aux Constitutions de nombreuses Grandes Loges dans les États.

Il ne s'agissait pas d'une création originale, mais surtout d’une version réaménagée des Constitutions irlandaises d'Edward Spratt, datant de 1751, un texte lui-même inspiré des Constitutions de la Grande Loge d'Angleterre de 1723.

Malgré tout, l'Ahiman Rezon avait une originalité : une introduction humoristique et des commentaires parfois assez cocasses, ce qui le démarquait franchement des Constitutions de la Grande Loge de Londres et de Westminster, plus tard dénommée Grande Loge d'Angleterre. (Dite des Modernes)

Durant les cinquante années qui ont suivi, plusieurs éditions de l'Ahiman Rezon parurent, tant en Grande-Bretagne, Irlande ou Amérique, avec notamment celles de 1764 et 1778, qui ont marqué les esprits.

Ce fameux Ahiman Rezon, en fin de compte, servit à faire connaître la maçonnerie des Antients, défendant l'idée d'une antériorité et d'un rituel plus abouti par rapport à celle des Modernes. (Et surtout plus religieux).

Dermott, lui, a su utiliser ce livre utilement pour bien insister sur la supériorité maçonnique des Antients. Au fur et à mesure des éditions, son influence ne cessait de croître. D'ailleurs, la valeur de ses droits d'auteur était importante.

En septembre 1785, par un acte qui venait conforter irrémédiablement sa position au sein de la Grande Loge des Antients, Dermott choisit de faire don de ces droits à la caisse  de Charité des Antients. (Tronc de la Veuve actuellement).

Si l'on s'attarde sur le frontispice de la troisième édition, il y a de quoi être particulièrement intrigué. Il y avait là une manière de marquer visuellement le pacte tripartite que les Antients avaient noué avec les Grandes Loges d'Irlande et d'Écosse.

L’objectif était clair : montrer comment les Modernes étaient marginalisés, (voire ridiculisés) au profit des francs-maçonneries irlandaise, écossaise et celle des Antients.

L'illustration présentait trois figures au sommet dôme, voulant symboliser les grands  maîtres du tabernacle.

Un peu plus bas, deux figures couronnées, avec une troisième à leur droite, formaient un groupe symbolisant les trois grands maîtres du Temple sacré de Jérusalem. Sur la gauche, d'autres représentations incarnaient les trois grands maîtres du deuxième Temple de Jérusalem. Juste en dessous, trois colonnes, ornées de tabliers de maçons et les armoiries de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Écosse, soutenaient l'ensemble de la structure.

Elles figuraient ces trois grands maîtres qui, avec sagesse et noblesse, avaient formé cette union, pour maintenir l'honneur et la dignité de cet ancien métier. Et leurs noms, disait-on, resteraient honorés et vénérés tant que la franc-maçonnerie existerait dans ces royaumes.


Tableau comparatif  des usages

entre « Moderns et Antients »

(Non exhaustif)

CRITERES

Moderns : Principalement Anglais

Antients : Principalement Ecossais et Irlandais

Position des Surveillants

2° Ouest colonne J / 1er Ouest colonne B

2° Milieu Midi / 1er Ouest pied colonne J

Mots Sacrés 1er, 2e Mot sacré 3e

Jakin - Boaz Mac-Benack

Boaz - Jakin Mahabon

Circulation des mots

Non

Par les Diacres

Position des Diacres

1er : à droite du VM (s’il le veut bien)

2e à droite du 1er Surveillant (idem)

Mot de passe du degré

Communiqué en fin de cérémonie

Donné avant la cérémonie

Mot de passe apprenti

Tubalcain

Pas de mot de passe

Mot de passe Compagnon

Schibboleth

Schibboleth

Mot de passe maître (1738)

Gabaon

Tubalcain

Grandes Lumières

Soleil, Lune, maître de la Loge

Bible, Equerre, Compas

Acclamation

Vivat, Vivat, Vivat, Semper Vivat

Houzé, Houzé, Houzé.

Auteur (s) des Constitutions

Anderson et Desaguliers Constitutions d’Anderson 1723 et

1732

Dermott : Ahiman Rezon (L’Aide à un F:.)

3 éditions : 1756,

1764, 1778

Philosophie / politique

Libéraux (Anglo-saxons)

Conservateurs (Celtes)

Courant religieux

Déistes : protestant

Théistes : catholique

Classe « sociale »

Aristocratie et grands bourgeoisie

Classe « moyenne »

Installation secrète

Non

Oui

Source :

Nathan Eric Bessis - La Franc-Maçonnerie sous le Rite Écossais Ancien et Accepté jusqu’en 1805 - Éditions Le Compas dans l’Oeil - Octobre 2025 - 540 pages - Voir dans Boutique


Dermott et les Modernes

Voici comment Lawrence Dermott s’exprimait au sujet des Modernes de 1717 : (Jean-Émile Daruty de Grandpré - dit Daruty (1839 - 1903) - Recherches sur le Rite Écossais Ancien et Accepté - Île Maurice - Paris - Éditeur et imprimeur Panisset - 1879 - Éditions Demeter, 1988, Édition Télètes - Aut. Patrick Bunout - mars 1998 -  p. 52) :

« Lors de l'année 1717, quelques joyeux compagnons (John Theophilus Desaguliers et autres) qui n'avaient passé que par un seul grade de la Confrérie, lequel, même, ils avaient à peu près oublié, résolurent de former une Loge pour rechercher, en se communiquant entre eux, ce qui leur avait été autrefois enseigné ; se proposant d'y substituer, quand la mémoire leur manquerait, quelques autres innovations, ce qui, à l'avenir devait passer dans leur société pour de la maçonnerie. Lors de cette réunion, on questionna les personnes présentes pour savoir si quelqu'une d'entre elles connaissait le grade de maître; et comme il fut répondu négativement, on convint qu'on remédierait à cet inconvénient par la composition d'un nouveau grade, et que tous les fragments de l'ancien Ordre qu'on pourrait trouver, seraient réformés ou appropriés à l'esprit de la nation. On crut convenable d'abolir l'ancien usage de s'occuper en loge de l'étude de la géométrie et il parut à quelques uns des jeunes frères, qu'un bon couteau et une bonne fourchette dans les mains d'un habile frère, appliqués sur des matériaux convenables, donneraient une plus grande satisfaction, et ajouteraient plus à la gaieté que l'échelle la plus solide et le meilleur compas. Il existait encore un autre usage qui déplaisait aux jeunes architectes : c'était celui de porter des tabliers, qui semblaient travestir des hommes du monde en ouvriers; on proposa, en conséquence, que les frères n'en portassent plus à l'avenir. Cette proposition fut rejetée par les membres plus âgés, qui déclarèrent que, puisque des anciens usages, il ne leur restait plus que la décoration du tablier pour faire croire qu'ils étaient des Francs-Maçons, ils voulaient pour cette raison, le conserver et le porter. On proposa différentes, cérémonies ridicules, dont on admit quelques unes... Après les avoir observées pendant plusieurs années, on inventa encore des marches ridicules... Les confraternités des antients et des Moderns maçons sont devenues présentement les deux plus grandes corporations de l'univers : les Antients, sous le titre de Francs et Acceptés maçons, suivant les anciennes constitutions ; et les Moderns, sous le titre de Francs-maçons d'Angleterre. Ils diffèrent extrêmement dans leurs travaux, cérémonies, connaissances, langue maçonnique et organisation quoiqu'ils aient, cependant, des dénominations semblables, de sorte qu'ils ont toujours été, et continuent d'être deux différentes sociétés entièrement indépendantes l'une de l’autre ».

Serait-ce là (déjà) une question de suprématie ?


Je rassure le lecteur : Antients et Modernes se réunirent en 1813 pour former la Grande Loge Unie d’Angleterre, qui en 1929 édicta des landmarks imposés à toutes obédience voulant être reconnue paR la  G:.L:.U:.A:. !


Découvrir le livre

-, Nathan Eric BESSIS 20 avril 2026



Partager cet article
Archive