Aujourd’hui, j’ai le plaisir de partager avec vous le résumé de mon dernier ouvrage, La clarté des étoiles, un roman profondément humain, porté par l’espoir, la résilience et la force de l’accueil.
Au cœur des vignes, Clara, poétesse engagée, transforme sa maison d’hôtes en refuge offrant à ceux qui ont tout perdu un havre de paix et de reconstruction. Avec Tian, poète et calligraphe chinois qui enseigne le taï-chi et prépare des jianbing au petit déjeuner, elle crée un espace où le quotidien se réenchante malgré les blessures du passé.
À leurs côtés, Anne, une étudiante qui travaille pour financer ses études, et Théo, un jeune médecin, apportent leur soutien aux réfugiés en attente d’un avenir incertain : Seydou et Mounessa, un couple malien ; Darine, une Syrienne en quête d’asile ; et Bahya, une fillette somalienne arrachée aux siens, qui confie ses espoirs à un arbre centenaire qu’elle considère comme son grand-père.
Mais la maison-refuge se heurte aux regards extérieurs…
Entre réalisme et idéalisme lumineux, ce roman explore la résilience et la force de l’accueil. Dans cet écrin de nature, où le bleu du ciel et l’or des vignes contrastent avec les cicatrices invisibles de l’exil, chacun tente de se reconstruire. Mais l’espoir est fragile : la réponse aux demandes d’asile décidera du destin de ces âmes errantes, tandis que d’autres trouveront, dans cet îlot hors du temps, une nouvelle manière d’habiter le monde.
Un livre sur l’exil, la solidarité, la poésie du quotidien et cette lumière fragile qui subsiste même dans les heures les plus sombres.
Florence Ferrari
Extraits de La Clarté des étoiles
Pour découvrir l'univers poétique et profondément humaniste de La Clarté des étoiles, voici quelques extraits choisis du roman.
Extrait 1 — Une nature habitée de sens
Un avion bouscule les nuages, s’habille d’écume, s’enfonce là-haut, très haut, dans la vapeur bleue des nuées.
Elle relève la tête et ferme les yeux. Pour mieux ressentir. Pour mieux percevoir l’âme en éveil dans cet instant qui porte en lui toute la clarté. L’âme ailée échappant à toute pesanteur.
Clara respire profondément. C’est vraiment ici, chez elle. Sur cette terre. Dans la présence advenante du tout. Son regard se pose sur les ruines du château de Montferrand, gardien d’un temps long, lent et immuable. Les roches blondes et chaudes sont magnifiées par les reliefs boisés. Au loin, de loin en loin, aux confins d’une lumière transmuante, deux montagnes fendent de la pourpre de leur proue les remous du ciel : l’Hortus et le Pic Saint-Loup, ainsi nommé parce que sa pointe, pour le moins insolite, affecte la forme d’une dent... une de celles qui déchirent, arrachent, tourmentent la chair pour mieux libérer l’Esprit. Impression étrange d’être dans une dimension qui mange l’humain pour mieux rendre le divin… La vie est là, partout, qui fourmille et grouille, pleine d’échos dans les foulées bleues du vent. On peut l’entendre palpiter dans le mouvement des branches, l’inclinaison des feuilles, dans le chant léger de l’eau qui court dans des rigoles… Le bonheur est fait de toutes ces petites choses, ces petits riens qui bruissent et resplendissent jusque dedans de soi. Se laisser porter.
Être dans l’infinie résonance…
Clara tient à sa promenade matinale faite de ces instants magiques à elle, rien qu’à elle. Ces instants d’avant le travail, ce rituel qui redessine la perspective du cœur pour lui donner à voir le monde à travers la clef d’or d’une harmonie symphonique. À la mesure de son espoir de bâtir un monde meilleur.
Elle se remet à marcher d’un pas léger, longeant les vignes grasses qui tapissent la plaine et les pentes, parmi des éboulis de pierres sèches, de pinèdes, de chênes verts et de kermès, parmi ces dégradés de verts et de bleus léchés par de grandes langues de feu.
Elle finit par atteindre son village, Saint-Mathieu, serti de vallons émeraude en légère élévation au-dessus de la plaine, prenant appui sur les reliefs. Elle s’arrête un instant pour contempler avec émotion l’auberge dont elle est propriétaire : un authentique mas du XVIIIe siècle cuirassé de pierres blondes, entouré de cyprès, de chênes verts et de vignes, une ancienne cave viticole réaménagée sur deux étages comprenant une dizaine de logements.
Une petite fille noire, au crâne strié de tresses, se précipite dans ses bras en poussant des cris de joie :
— Clara ! Clara !
Elle se suspend longuement à son cou.
— Dis… C’est demain que ma maman vient ?
Extrait 2 — L'attachement à un lieu et à une mission
— Vendez-moi votre propriété.
Le bruit des flots, cadencés par le va-et-vient de l’essuie-glace, la ramène à la réalité. L’asphalte brille et luit… jusqu’à l’éblouir, à moins que ce ne soient ses propres larmes. Elle rajuste ses lunettes. Il semblerait que la plaine elle-même ondule d’amertume sous les bourrasques du vent.
Elle freine brusquement. Renifle. Elle est enfin chez elle.
Étrangement, la pluie, le vent… tout s’arrête. Se pacifie.
Clara descend de la voiture et, pour libérer les tensions qui l’agitent, inspire profondément. C’est ainsi qu’elle s’apprête toujours à accueillir la joie. Une joie venue de l’au-delà d’elle-même… de l’au-delà du moi accroché à la terre. Une joie couleur de lune, venue de l’au-dedans… dans ces entre-ciels qui tissent la lumière du cœur. Puis elle promène son regard autour d’elle et se met à sourire. Pour l’instant… elle est encore chez elle !
Pour l’instant !
Tels des flocons d’écume, légers et vaporeux, des filigranes de nuages s’accrochent, ici et là, aux branches des arbres. Une tiédeur mouillée qui monte de la terre lui renvoie le parfum des roses. Des gouttes d’argent s’écoulent des feuilles. Parmi le coassement des grenouilles, l’eau murmurante et rieuse ruisselle maintenant partout au creux des rigoles alentour. Tout cela aussi fait partie d’elle : cette force régénérante qui semble couler du plus profond comme une source inaltérable.
Sous les traits d’or du soleil qui nimbent l’horizon et la douce caresse du jour, elle EST.
Extrait 3 — La fraternité comme réponse aux épreuves
L’air se veloute peu à peu d’une douce clarté de lune. Comme chaque soir, les réfugiés se réunissent dans le parc autour d’une grande table en bois. La chaleur du jour se dissipe dans une ardente métamorphose qui libère les parfums de la terre, enivre les sens, subjugue la soif d’infini. Il y a tant d’étoiles dans le ciel qu’une lumière dorée semble s’en écouler, comme une rosée de la nuit. Des lampions multicolores qui courent sur les branches illuminent les oliviers d’une mosaïque d’éclats. Tian souffle dans sa flûte. Il joue son air habituel ; une musique aérienne, légère comme un battement d’aile. Un son pacifiant, ouvert jusque parmi les ombres, invitant à habiter un pur espace sans limite, le monde des idées pures…
Quand la dernière note retombe, tous applaudissent chaleureusement. Et l’on se met à discuter, à plaisanter, à rire et même à danser… Clara jubile. Comme ils semblent loin derrière, les bruits de sang, de fureur et de haine, les crépuscules d’amertume, les ténèbres de la désespérance. Comme ils semblent loin, à cet instant ! Clara est heureuse pour tous ces gens. Heureuse de participer un peu à ce sentiment du bonheur ; celui qui métamorphose, transfigure, sublime soi et le tout. Une harmonie, un lien lumineux entre ce qui est advenu et advient encore. Une argile douce qui comble les fêlures.
L’expérience de la vie est aussi celle de la joie, de ce désir d’amour et de partage. Cette certitude la rend légère comme le ciel. Elle ancre le monde dans la lumière et le monde est gagné à jamais. C’est aussi cela l’accomplissement, la conscience de ce versant caché au milieu des ténèbres, un versant qui n’est que beauté. Avoir connu la souffrance, porter en soi l’expérience de la mort des autres, de leur détresse, c’est commencer à aimer le monde au-delà de soi. C’est nourrir l’envie de se rendre utile aux autres, de tendre la main, pour réparer l’injustice du mécanisme implacable du destin. C’est effectivement dans les heures les plus sombres que les êtres assument le plus d’humanité. Et dans un monde où tout semble limité par la finitude, l’amour-agapê, lui seul, est infini.
Extrait 4 — Le choix du dévouement
Clara a choisi d’aider, de vivre pour les autres et non exclusivement pour elle-même. Aider. Caresser tout de sa tendresse. L’abnégation est un choix d’humanité, l’ultime concession au sein du monde vivant ! Un choix lumineux dont, curieusement, la société est oublieuse. Un choix pourtant inscrit, lui aussi, au panthéon de l’espèce humaine en ce qu’il est le garant du bonheur de tous.
Extrait 5 — L'engagement au service de la dignité humaine
La vie, sans engagement, ne mérite pas d’être vécue… Pour Clara, il s’agit de restaurer l’Homme dans sa dignité. Et Dieu sait s’il y en a, du boulot ! Aider, éprouver de la compassion pour les malheureux, les déshérités, les humiliés, c’est aussi une façon de protester. Une protestation passionnée, indignée contre le mal, la contrainte, les souffrances, en donnant une voix à ceux qui n’en ont pas, en se mettant simplement au service de ceux qui subissent l’Histoire. Et c’est précisément cette conscience en éveil, cette pensée méditée, cette énoia qui l’avait conduite à l’intérieur d’elle-même, à l’Orient de l’âme.