Victor Hugo l’avait compris : la marche suprême du perron républicain, ce n’est
pas l’égalité, ce n’est pas la liberté, c’est la fraternité. Cette grande oubliée,
tombée en désuétude, sans doute par crainte de niaiserie ou de retomber dans la
terreur ?
Et pourtant, la fraternité porte en elle cette sacralité qui fait que les hommes sont
des humains. La franc-maçonnerie, depuis les temps anciens, depuis sa création,
en a fait son fondement, parce qu’elle est seule capable de nous faire tenir
debout, de nous faire lire le présent et l’avenir avec les « yeux du cœur ». La
fraternité est une religion sans dogme ; elle est le lien entre les hommes de
bonne volonté, parce qu’elle est la force du Nous contre le Je : je ne suis rien
sans mes Frères.
Elle est bien au-delà des fumées éphémères des grands discours : une mission,
une tâche, un labeur exigeant et quotidien. Produire du nous, c’est bien plus
qu’adorer l’idole économique. C’est bien plus que la solidarité des
corporatismes, des clans, des partis. C’est l’ouverture inconditionnelle du
compas de l’amour vers l’autre.
La fraternité, c’est simplement ce qui nous rassemble dans les moments les plus
durs, les plus extrêmes ; c’est un chant d’espérance.
Rassemblement
Contre les gardiens, les punaises, les poux,
Les vexations, la faim, les coups,
Les déceptions, les arrêts
Et cette odeur de mort
Qui sort du lazaret.
Rassemblement dans l’égalité du costume
Et du tutoiement,
Dans la profonde fraternité de la prison,
Frères !
Frères de misère et de passion,
Frères de souffrance et d’espérance.
Abbé Armand Vallée, aumônier militaire, mort à Camp de concentration de Mauthausen en avril 1945.
Que la paix règne sur la terre, que nos mains et nos cœurs se rassemblent dans la
chaîne indestructible de l’amour fraternel.
Jean-François Guerry
