Le rite maçonnique a fait l’objet de multiples définitions. La plus courante est
celle d’un ordre prescrit de cérémonies qui se pratiquent dans le cadre d’une
religion. Par extension, dans un processus initiatique, quand on parle
d’initiation, il est caractérisé par son caractère inamovible, immuable, voir
dogmatique ; toute modification ne se fait qu’avec prudence.
Il est un héritage spirituel : seuls des experts ayant étudié son histoire et chaque
expression du rite - que ce soient les mots, les paroles, les gestes, les cérémonies
ou les exhortations - ont la capacité non pas de le changer, mais de le faire
évoluer pour qu’il soit compréhensible dans un espace-temps donné et lisible par
les seuls initiés.
Il est un support de valeurs fondamentales intemporelles et, le plus souvent,
universelles. Plus il est riche de ces valeurs, plus il comporte de degrés.
« Les rites sont comme des guides qui nous conduisent par la main dans des
routes qu’ils ont souvent parcourues ; les lois, comme des plans de géographie
où l’on a tracé les chemins par un simple trait, et sans égard à leurs
sinuosités » 1
« Nos rites, nos mystères, ne peuvent point changer, ne sont point incertains.
Comme ces faibles lois qu’inventent les humains » 2
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1 Barthelémy (L’ABBÉ) – Anacharsis, 3 ème édition Paris.
2 Voltaire.
En fait, le rite ne change donc pas, ou peu : c’est son interprétation et les travaux
sur le rite qui changent. Suivant sa richesse, il est assorti de qualificatifs,
d’adjectifs, voire d’images tendant à exprimer sa densité ou sa simplicité.
Concernant le Rite Écossais Ancien et Accepté, il a été souvent dit qu’il est
« une éponge », qualificatif pas très esthétique, mais qui renseigne bien sur sa
nature et ses capacités.
Les travaux maçonniques, véritables exercices spirituels, prennent pour
fondement le rite et ses enseignements. Ces travaux sont de véritables
palimpsestes, dans le sens de réemploi d’un matériau, mais aussi de façonnage
de celui-ci, d’interprétation des symboles qu’il véhicule suivant l’expression
courante : chercher l’idée sous le symbole.
Il est intéressant de constater la particularité du rite maçonnique (du moins du
Rite Écossais Ancien et Accepté) : les palimpsestes sont individuels et collectifs
et s’appuient les uns sur les autres, comme autant de marches permettant de
reprendre un élan ascendant ; on parle de spirale. On pourrait parler aussi
d’emboitements successifs.
Le rite rempli son rôle de pierre de base, assurant la solidité et la pérennité de
l’œuvre, mais aussi proactif, permettant les ascensions spirituelles individuelles,
dans les limites du respect de la liberté de chacun, dans une forme de médiété
assurant le rejet tous les extrémismes qui détruiraient le fondement du rite,
lequel est un centre d’union fraternel et initiatique.
On Constate ainsi que chaque Loge maçonnique est une entité spécifique, avec
ses particularités, ses travaux, ses qualités. Le rite permet à chaque membre et
aux visiteurs de passage de se retrouver dans un corpus commun et de bénéficier
d’ouvertures multiples pour leur esprit.
À chaque réunion, il est important de marcher avec les deux jambes du compas :
celle de l’ouverture spirituelle et celle de l’humanisme, qui permet la jonction
fraternelle entre tous les assistants. Les palimpsestes proposés sont, au fil de
l’ascension des degrés autant de pierres de construction de la pyramide finale.
Jean-François Guerry.
